L’artisanat numérique : vers la fin du capitalisme industriel du 20ème siècle ?

« A y regarder de plus près, l’explosion des métiers dans le secteur numérique concerne davantage une multitude de travailleurs indépendants qui bricolent et inventent de nouveaux outils et services »

Le retour en force de l’artisanat au 21 ème siècle et son impact sur l’économie.

Article:
http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/l-artisanat-numerique-vers-la-fin-158233

Par Jean Pouly

L’artisanat numérique, un métier d’avenir ?

« Jeune entreprise de création et fabrication numérique, deSap se lance dans une campagne de crowdfunding pour le développement d’un nouveau service : Leaphone, une housse iPhone en cuir découpée et gravée au laser. L’occasion de poser quelques questions à ces artisans numériques qui réinventent l’artisanat avec les outils de demain. »

Article:
http://mak3r.com/lartisanat-numerique-est-un-metier-davenir/

L’artisant Electronique

Allier une technique artisanal à un procédé numérique.

L’Artisan Electronique est un projet que le collectif belge Unfold a présenté il y a quelques semaines dans les murs du centre d’art Z33. Il consiste à allier la poterie, technique traditionnelle s’il en est, à des procédés contemporains de captage numérique des gestes et d’impression 3D (vidéo accessible en cliquant sur le lien de l’article si dessous).

 

Article:

L’Artisan Electronique [openFrameworks]

l'artisan éléctronique

l'artisan électronique

Alessandro Mendini et le « Design Radical »

 

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Alessandro Mendini est architecte, designer et théoricien. Il est un des principaux membres du Design radical italien qui, réanalysant la visée moderne, repense et théorise la place du design et du designer entre les années 1965 et les années 1980. Il cofondera le groupe Alchymia.

Sa démarche vise à rompre avec le design industriel qui, selon lui, devient trop impersonnel à force d’être fonctionnel. Il prend comme base de travail du mobilier et des objets créés par d’autres afin de les transformer par ajout de couleurs, d’ornements ou en utilisant de nouveaux matériaux

 

  1. Le contexte Alchimia

Dans l’Italie des années 1970, Alchimia, un groupe de designers d’avant-garde dont Mendini fait partie, développe une critique de la société de consommation et devient un lieu d’expérimentation entre artisanat et industrie. Alchimia ouvre sa propre galerie pour présenter ses productions en petites quantités dont le propos consiste à présenter un design antirationnel, qui revisite avec humour et dérision les classiques.

 

2. Le fauteuil de Proust et le re-design

Convaincu que le modernisme s’achève, qu’il n’y a plus de forme innovante à inventer, Mendini re-designe des classiques reconnaissables. Poltrona di Proust s’inscrit parfaitement dans cette intention : il s’agit d’un fauteuil maquillé, un objet élaboré sur des bases culturelles, la forme inspirée des fauteuils Régence, mais en réalité pas totalement pour deux raisons : les formes Régence sont exagérées et le fauteuil est entièrement décoré d’un motif peint à la main qui n’a rien à voir avec le XVIIIe siècle. Le re-design de Mendini produit ici une pièce kitsch qui dépasse le simple emprunt.

D’autre part Mendini cherche à démontrer que la teneur du design peut provenir d’un décor appliqué. Noyant la forme sous une juxtaposition de coups de pinceaux, il élabore un objet qui semble être irréel. Mais s’agit-il encore d’un fauteuil pour s’asseoir ?

 

3. Est-ce encore un fauteuil ?

Mendini s’inscrit dans une démarche critique du design en revisitant des formes anciennes. De même il rompt avec le modernisme en usant de proposition décorative : les coups de pinceaux couvrent la totalité du fauteuil, la couleur ainsi appliquée ravive les objets.

La critique de Mendini contre le design reste joyeuse, colorée ; il propose l’embellissement d’objets classiques ou du quotidien.

 

 

La contre standardisation de Gaetano Pesce

« Le facétieux créateur italien a fait de son art un outil de critique sociale. » Télérama

« Pesce a longtemps travaillé sur la problématique de la variation de l’objet dans un système de production industriel. Il appelle cela le « mal fait ». Il s’agit de séries “diversifiées”

Il démontre qu’il est possible pour les objets standards de devenir des exemplaires uniques au sein d’une série de produits similaires, mais pas identiques. Il introduit dans une phase de la fabrication, une étape qui viendra différencier les objets les uns des autres. »  Jessica Louis

 

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Articles:

« Artisanat, design et Territoire » par Jessica Louis.

« Le futur de l’imparfait » par Estelle Berger.

 

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Pierre-Damien Huyghe « Design et existence »

Analyse de texte /lien/

Bertille Raguin – Guillaume Hubert – Léa Giroux

 

Dans ce texte, Pierre-Damien Huygues pose la question : comment le design peut-il nous aider à exister ?

Il nous décrit d’abord la manière dont l’être humain se confronte à l’existence. Puis il détaille les obstacles à cette vocation du design, que sont les moyens classiques de production, la puissance financière, la société de consommation et la spéculation.

 

  1. Confrontation à l’existence:

 

Pierre-Damien Huyghe part du constat que le monde est imprévisible à l’Homme. Le monde lui est indisponible, et il ne peut donc prévoir ce qu’il va se produire, ou quelles seront les conséquences de ses actes. Il se voit donc contraint d’agir dans la prudence et l’hésitation, faute d’expérience. L’indisponibilité du monde se présente alors comme un problème, c’est-à-dire comme une interrogation, de laquelle va découler cette attitude d’hésitation.

Il vient introduire cette notion d’hésitation dans le processus de fabrication de l’objet. Pour lui le design est l’essence de l’objet et non une valeur ajoutée, ce n’est pas une fin en soi. C’est pour cette raison que la réflexion du designer doit intervenir à tous les niveaux du processus de création. En intégrant au processus de fabrication l’hésitation quant au mode de production, cela permet au designer de prendre le temps du choix.

Ce choix ne peut se faire qu’en brisant les obstacles que sont les moyens classiques de production et la puissance financière

 

 

2. Moyen de production et puissance financière:

Pierre-Damien Huyghe nous fait observer que la technicité nous permet une multiplicité de modes production, et ne doit pas être vu comme la possibilité de fabrication d’une abondance d’objets semblables les uns aux autres. Il introduit ici la réflexion de Moholy-Nagy, et l’oppose à l’idéologie du Bauhaus en ce sens que cette dernière propose une vision du design selon laquelle l’esthétique de l’objet va être directement dictée par son usage et son mode de fabrication. A l’inverse, Moholy-Nagy pense que d’un usage, plusieurs moyens de production vont pouvoir être utilisés, desquels vont découler plusieurs formes. Selon lui, les modes de production possèdent une puissance esthétique propre, dont ils n’ont pas conscience. De cette inconscience de leur puissance esthétique procède automatiquement la non utilisation quasi-totale de cette puissance.

Toujours selon Moholy, le designer ne doit pas concevoir l’objet selon les seules contraintes de l’ingénierie et de la finance, conformément à la production classique. C’est en prenant en compte d’autres aspects de la conception qu’il va dérouter le système classique. Pierre-Damien Huyghe fait alors le constat que la puissance technique est soumise à la puissance financière, et que le designer vient donc se positionner en perturbateur de ce système par la proposition de différentes techniques, que le système classique veut réduire à une seule possibilité découlant de calculs financiers. PDH continue de nous exposer la pensée de Moholy qui veut appréhender le design de la même façon qu’on appréhende la vie. Dans la vie, ne sachant avec précision ce qu’il va se passer, nous sommes contraint

d’hésiter avant d’agir. Selon Moholy, le design devrait donc fonctionner de cette manière de telle sorte à ne pas se laisser contraindre par la loi marché. C’est pour cette raison que le choix du mode de production doit arriver en aval et non en amont de la conception, c’est-à-dire penser l’objet indépendamment des contraintes de production et attendre le moment de la production pour prendre le temps d’hésiter afin de choisir, d’arrêter une décision.

 

 

3.  Société de consommation:

Le système de consommation induit le fait que nous ne pouvons plus nous différencier par rapport aux autres, ou très peu, à l’inverse du principe de décision. Ce système conduit à la logique de l’apparence, c’est-à-dire que la forme de l’objet est décidée en fonction de l’exigence du marché. On peut penser au mouvement du « streamline » des années 1930 aux Etas Unis, avec notamment Raymond Loewy. Pierre-Damien Huyghe préconise, en opposition à cette logique, de se focaliser plutôt sur l’apparaître. Le design n’a donc pas pour rôle de donner à l’objet uniquement l’allure d’une marchandise, mais également de mettre son apparence au service de sa compréhension évidente. Il faut promouvoir la recherche de formes spécifiques à chaque technique pour encourager et valoriser le développement des techniques, à l’inverse de la logique concurrentielle qui induit l’utilisation systématique des mêmes modes de production et du coup, de la même esthétique.

 

 

En conclusion, la question sous-tendue par cette analyse de Pierre-Damien Huyghe est : comment trouver une troisième voie pour le design, qui ne soit ni la soumission aux puissances techniques et financières, ni la soumission à la logique de la consommation et de la spéculation.

Il apporte ainsi quelques éléments de réponse, que sont par exemple la réconciliation entre l’art et l’industrie, qui est selon lui l’origine du design. Il souligne d’ailleurs que cela ne peut se faire sans tension étant donné l’état de l’industrie de l’époque. Une autre solution serait d’orienter le design vers des structures de recherche et développement et de se détacher de la production classique.

Finalement, Pierre-Damien Huyghe propose que le processus de création du designer soit calqué sur la façon que l’Homme a d’exister, avec notamment la notion d’hésitation, afin que le design puisse justement aider à cette existence.

 

 

 

Les valeurs formelles et techniques de l’objet au sein de notre société actuelle.

Léa Giroux

J’évoque le plus souvent dans mes projets la place de l’artisanat dans nos sociétés d’aujourd’hui. Nous perdons malheureusement peu à peu des savoir-faire au profit des productions industrielles et des consommations de masse. Pour autant, certains designers remettent en question la place de l’objet dans notre société actuelle et redonne une place aux différentes discipline de l’artisanat. Certains penseurs contemporains évoquent des possibles changements dans les productions de l’objet comme Pierre Damien Huyghe dans « Design et existence ». Il repense le design en introduisant des disciplines artistiques au sein de l’industrie afin de s’éloigner du système de production classique, qui est celui de l’objet de marchandise.

La problématique qui se pose dans l’essor des productions industrielles est la question de la valeur de l’objet. Un même objet reproduit à l’identique perd son aura, comme le cite Walter Benjamin: « A l’époque de sa reproductibilité technique, ce qui dépérit dans l’oeuvre d’art, c’est son aura ». Son mode de production massif et sa finalité conclut l’objet en une banalité dans le cas où chacun de nous pourra se l’approprier. Comment redonner une valeur existentielle à l’objet ? Par quels moyens le design peut-il intervenir ?

Je proposerai deux réponses qui me semblent les plus intéressantes grâce à mes propres expériences et mes projets menés. Une réponse fondé sur l’exemple des oeuvres avant-gardes de Gaetano Pesce dénonçant la standardisation, et une deuxième réponse fondée sur les reflexions de Pierre Damien Huyghe sur la question du « comment » et sur la « manière » de produire des objets.

Gaetano Pesce est un artiste italien qui conteste la standardisation à travers des œuvres contestataires. Il se lance dans la production de pièces de mobiliers uniques en série en y ajoutant un défaut, une couleur, qui permettent à l’objet de dégager une identité qui lui est propre. En effet, l’industrie ne permet plus de créer des objets authentiques, comme le cite Walter Benjamin: « Tout ce qui relève de l’authenticité, échappe à la reproduction ». L’idée que Pesce se ré-approprie l’industrie en y ajoutant un processus de fabrication qui n’est pas censé s’y ajouter, redonne une identité propre à l’objet. La finalité de l’objet est alors unique et pour autant, l’usage reste le même. Un geste productif ajouté au processus de production à permis de créer des objets qui s’opposent à la standardisation industrielle.

Pierre-Damien Huyghe, dans « Design et existence », nous parle du comportement d’hésitation et de prudence à adopter dans la manière de concevoir un objet. Pour lui, c’est la conception de l’objet qui doit être réfléchit et remis en question afin de développer une multitudes de techniques de production dans le but d’avoir « le choix » au moment décisif. « Ces choix » sont primordiaux dans la conception d’un objet, celui-ci peut être fabriqué d’une multitudes de façon différentes et pour autant, garder le même usages. Ainsi l’objet qui a été conçut dans une démarche réfléchit dans la manière de le concevoir, nous apparaît de manière différente par rapport à l’objet de masse, dont c’est l’apparence qui est étudié afin d’être dans sa finalité, un produit de marchandise.

Il est primordial de s’arrêter sur les différents moyens de production que nous pouvons developper. Je voudrais rapprocher l’idée d’hésitation, de Pierre-Damien Huyghe, dans le processus de production, à la thèse de Kundera, « La lenteur », qui selon lui, l’homme moderne délaisserait les vertus de la lenteur par une fascination pour la vitesse. C’est bien ici même que se pose le problème. L’homme créer des moyens de productions à des vitesses inimaginables qu’il en dénature l’existence des objets dans le seul but d’entrer dans le marché de la consommation.

Le design, selon les différentes idées que j’ai pu citer, serait donc un moyen de revaloriser l’objet par la mise en avant des moyens de production mais aussi par le ralentissement de celles-ci. Rivarol nous cite que « La rapidité est sublime et la lenteur majestueuse »

Je pense que la rapidité de l’industrie est un moyen de production que nous ne pouvons nous passer aujourd’hui par son efficacité , mais la lenteur est une force de production que nous ne pouvons délaisser au profit du marché.